İçeriğe geçmek için "Enter"a basın

« Comme en Chine, le dirigeant russe transforme l’histoire en champ de bataille »


Antoon De Baets est professeur d’histoire, d’éthique et des droits humains à l’université de Groningue, aux Pays-Bas. Auteur de plus de 200 publications, il a notamment écrit Crimes Against History (Routledge, 2018). Depuis 1995, il anime le réseau d’historiens Network of Concerned Historians.

«  Agent étranger » peint à la bombe sur la façade des bureaux de Memorial International à Moscou.

Que recouvre la notion de « Crimes contre l’histoire » dont vous êtes le promoteur ?

Ce concept s’inspire des crimes contre l’humanité. Il repose sur des attaques à grande échelle et systématiques contre les producteurs d’histoire, c’est-à-dire tous ceux qui traitent de sources historiques, par le biais des assassinats et disparitions d’historiens, les attaques personnelles, les persécutions arbitraires, la destruction intentionnelle de l’héritage culturel d’un pays, mais aussi les infox, la désinformation qui inclut la négation d’atrocités, de crimes de guerre et de certains pans de l’histoire. Je possède une liste assez complète d’historiens persécutés dans 75 pays, dont un cinquième travaillait en URSS. Dès janvier 1918, Lénine disait : « La révolution n’a pas besoin d’historiens. »

L’URSS a disparu mais la Russie d’aujourd’hui, qui revendique son héritage dans la Constitution, vous inquiète-t-elle ?

Le contexte en Russie est fondamentalement différent de la période soviétique. L’assassinat d’historiens n’est certes pas comparable avec les années 1930, mais le rapport publié par la FIDH [Fédération internationale des droits de l’homme] prouve d’une manière saisissante que toutes les formes de crimes contre l’histoire sont réunies. Un historien comme [Sergueï] Koltyrine est mort en détention, Natalia Estemirova [historienne et journaliste, membre de l’ONG Mémorial] a été assassinée, tout comme Paul Klebnikov [historien-journaliste américain d’origine russe] parce qu’ils écrivaient sur la Tchétchénie… D’autres ont dû quitter le pays, ou sont persécutés comme l’historien Iouri Dmitriev.

Des plaques commémoratives en hommage aux victimes de la Grande Terreur et du massacre de Katyn sont déposées par des militants à Tver en mai 2020.

Rendez-vous compte, aussi, qu’un massacre comme celui de Katyn [l’assassinat de milliers d’officiers polonais par le NKVD au printemps 1940], avoué depuis des années, est désormais étouffé. C’est à peine croyable après tant de travaux. La négation est le dernier stade du crime contre l’histoire.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Comment Vladimir Poutine bâillonne les historiens pour mieux réécrire l’histoire de la Russie

La situation s’est détériorée depuis les années 2000 sous le régime autoritaire de Poutine, et cela empire. Il y a assez peu de constitutions au monde qui prescrivent comment on doit écrire l’histoire, comme cela a été fait en 2020 avec l’introduction du concept de « vérité historique » dans la Loi fondamentale ! Comme en Chine, le dirigeant russe transforme l’histoire en champ de bataille pour légitimer son pouvoir en développant une vision cohérente, soutenue par une logique qu’il ne faut pas sous-estimer, et l’arme la plus importante dont il dispose concerne évidemment la législation. Le cadre juridique est coercitif, complet et efficace. Il témoigne d’une ambiguïté remarquable car les quelques commémorations ou initiatives officielles, destinées à saper la critique légitime, laissent l’observateur parfois confus.

Il vous reste 21.18% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Apsny News

İlk yorum yapan siz olun

Bir cevap yazın

E-posta hesabınız yayımlanmayacak. Gerekli alanlar * ile işaretlenmişlerdir