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le combat contre l’amnésie historique de Denis Karagodine, enquêteur-citoyen


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Publié aujourd’hui à 11h29

La Russie n’a pas connu son « Nuremberg du communisme », a-t-on coutume de dire, autrement dit de grands procès sur les crimes du régime soviétique. Certes. Mais elle a Denis Karagodine et ses enquêtes de Tomsk. La comparaison, évidemment osée, ne déplairait pas à cet homme de 38 ans qui aime jouer de son statut de quasi-rock star. Surtout, elle montre la fragilité et la timidité du travail de mémoire en Russie : Karagodine combat l’amnésie organisée par l’Etat russe dans une parfaite solitude ; depuis peu, la machine s’est retournée contre lui, avertissement envoyé à tous ceux qui ont fait de la recherche historique une question vitale pour eux-mêmes et pour leur pays.

Denis Karagodine en 2019.

L’histoire commence sur un malentendu, un coup du sort – le projet d’émigration de Denis Karagodine. En 2011, ce natif de Tomsk, en Sibérie, songe au départ. La crise de 2008 est passée par là, ses affaires (il a travaillé dans la publicité et acheté des cafés) ne sont pas au mieux ; le retour de Vladimir Poutine à la présidence bouche l’horizon politique. En mettant à jour ses papiers, Karagodine tombe dans l’armoire familiale sur un document poussiéreux : le certificat de réhabilitation pour « absence de crime » de son arrière-grand-père, daté de 1955. En clair : le paysan russe Stepan Ivanovitch Karagodine, né en 1881 et exécuté en 1938, n’était pas le chef d’un réseau d’espionnage japonais démantelé par le NKVD, la police politique.

Certificat de réhabilitation de Stepan Ivanovich en 1955.

C’est le début de « l’enquête Karagodine », que Denis, diplômé en philosophie, attaque de la plus simple des manières. Le jeune homme toque à la porte du FSB, le successeur du NKVD, et déclare au planton : « Je viens pour un meurtre. » La suite est plus complexe. Durant quatre ans, Denis Karagodine bataille auprès du FSB et des autorités judiciaires pour obtenir les documents lui permettant de reconstituer la vie et la mort de son ancêtre.

Dimension universelle

L’enquête est obstinée et son compte rendu minutieux : sur son blog, Karagodin.org, le publiciste raconte chaque démarche, chaque échec, chaque victoire. Tout est cartographié, détaillé. Chaque personnage de son grand récit, fut-il « secondaire », a droit à son entrée, sa biographie est reconstituée grâce à des dizaines de documents que Karagodine met en ligne.

Stepan Karagodine, exécuté par le NKVD à Tomsk (Sibérie) en 1938, puis réhabilité, entouré de son fils et de son épouse, dans les années 1930. Son petit-fils, Denis Karagodine, enquête sur sa disparition depuis 2011.

Des sites russes puis étrangers parlent de lui, le public se passionne. Sa quête a beau être intime et familiale, elle a une dimension universelle évidente, qui a le pouvoir de parler à de nombreux Russes. Et Karagodine en est un formidable représentant : intarissable sur ses recherches, qu’il décline en podcasts, articles, il cultive le mystère sur sa personnalité.

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