attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo

21.03.2025 - Cuma 19:19

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Il y a trente ans, une attaque à l’arme chimique perpétrée par la secte Aum dans le métro de la capitale japonaise faisait 13 morts et des milliers de blessés.

C’est l’heure de pointe en ce lundi matin. Des milliers d’employés japonais se pressent dans les rames bondées du métro de la capitale nippone pour rejoindre leur lieu de travail. Des voyageurs sont soudain pris à la gorge par une vapeur à l’odeur putride libérée par des colis d’où s’échappe un liquide mystérieux. Suffocants, les yeux en feu, certains s’écroulent secoués par des tremblements et des vomissements. Ce scénario cauchemardesque, c’est celui qui se déroule le 20 mars 1995 sur trois lignes du réseau tokyoïte plongeant le Japon, à peine remis du séisme de Kobe, dans la terreur.

«J‘ai vu un homme couché par terre avec des bulles qui sortaient de sa bouche», raconte un usager interrogé à l’époque par l‘AFP. « Il y avait une odeur piquante. Ma vue s‘est brouillée et ma tête m‘est apparue lourde», témoigne un autre. Tandis que les passagers se ruent vers l’extérieur, un agent du métro meurt en tentant de retirer un colis suspect. Dans les heures qui suivent les secours comptent six morts, un bilan relevé à douze puis treize dans les jours suivants. Des milliers de victimes sont hospitalisées.

Arme chimique interdite

Rapidement, la substance est identifiée. Il s’agit du gaz sarin, mis au point par les nazis en 1938 et utilisé depuis pour la fabrication d’armes chimiques dans un certain nombre de pays. Extrêmement toxique, il provoque la mort par arrêt des systèmes respiratoire et cardiaque, ou entraîne des lésions irréversibles du système nerveux.

Qui sont les auteurs de cette attaque non revendiquée? A-t-elle un rapport avec cet empoisonnement au gaz de sept personnes perpétré au mois de juin précédent dans la ville de Matsumoto? Si les groupes violents d’extrême gauche comme ceux d’extrême droite sont montrés du doigt, les soupçons se portent rapidement sur le groupe sectaire Aum Shinrikyo, « Vérité suprême d‘Aum » en français. Fondé en 1987, ce mouvement d’inspiration bouddhiste qui prédit l‘apocalypse pour 1997 compte quelque 10.000 adeptes. Son guide spirituel, Shoko Asahara, est un ancien acupuncteur presque aveugle âgé de 39 ans. Son visage rond mangé de barbe s’affichera bientôt à la une des journaux du monde entier.

Shoko Asahara, gourou de la secte Aum, est arrêté le 16 mai 1995.
JIJI PRESS / AFP

Dès le 22 mars, les forces de l’ordre envahissent les sanctuaires de la secte. Masque sur le nez, les policiers brandissent des canaris en cage, réputés sensibles aux émanations toxiques. Des ateliers sophistiqués de fabrication de gaz sarin sont découverts tout comme du matériel de combat: charges explosives, chargeurs. Parmi ses disciples, Aum compte plusieurs scientifiques, chimistes et ingénieurs diplômés des meilleures universités. Jeunes gens brillants en rupture avec une société productiviste. Enrôlés dans un système similaire au gouvernement japonais, ils étaient les ministres d’un cabinet fantôme chargé de préparer le Japon nouveau, survivant de l’apocalypse à venir.

Les sectes protégées au Japon

Un mois après le drame, «la population japonaise a de plus en plus de mal à comprendre pourquoi la secte Aum a encore droit de cité, rapporte l’envoyé spécial du Figaro, Renaud Girard. Les preuves s‘accumulent contre elle — production de gaz toxiques comme le sarin, fabrication illégale d‘armes de guerre, enlèvement et séquestration de personnes —, mais ses porte-parole se pavanent toujours sur les plateaux des chaînes de télévision privées.» Les autorités sont en réalité contraintes par le statut ultra-protégé que la Constitution d’après-guerre a octroyé à toute organisation religieuse dans le pays et qui leur garantit une absolue liberté de culte.

La traque toutefois continue et l’étau se resserre autour de Shoko Asahara. Sous l’œil des caméras de télévision, le gourou vêtu de soie mauve est arrêté le 16 mai. Ennemi public numéro un et superstar, son transfert en fourgon vers les quartiers généraux de la police est suivi en direct sur les quatre chaînes de télévision japonaise. Près de 200 membres de la secte ont été ou seront arrêtés. Parmi eux, les dix adeptes désignés pour réaliser l’attentat, ceux qui ont déposé les poches de gaz sarin dans le métro avant de les percer de la pointe d’un parapluie et leurs chauffeurs.

La première condamnation à mort tombe en 1999, douze autres suivront. Shoko Asahara voit sa peine confirmée en 2006. D’autres adeptes écoperont de la prison à vie. Le 6 juillet 2018, le gourou est exécuté par pendaison avec six de ses comparses. À la fin du mois, six autres sont à leur tour pendus dans le silence quasi complet des opposants à la peine capitale. «Il a fallu 23 ans depuis l’attentat pour que cette sanction soit exécutée, malheureusement, les parents de mon mari, tué dans l’attentat, sont décédés avant», déplore devant la presse Shizue Takahashi, l’épouse d’un employé du métro mort dans l’attentat et présidente d’une association de victimes. Démantelée, la secte Aum n’a pour autant pas disparu. Elle se nomme aujourd’hui Aleph et affirme se tenir à l’écart de toute activité illégale.

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