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qui sont les 23 prisonniers de guerre détenus en Azerbaïdjan ?
20.09.2024 - Cuma 22:49
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Un an après la conquête militaire de l’enclave arménienne, des otages, dont huit anciens responsables de la république autoproclamée d’Artsakh, sont détenus illégalement dans les geôles de Bakou.
Voilà un an qu’ils sont détenus, dans l’attente d’un procès qui n’arrive pas. Dans les geôles de Bakou en Azerbaïdjan, 23 prisonniers de guerre arméniens attendent d’être fixés sur leur sort. Ces détenus, des personnalités politiques, des civils et des soldats, ont été capturés après l’«opération antiterroriste» (selon les termes des autorités azéries) qui a conduit, les 19 et 20 septembre 2023, à l’annexion totale du Haut-Karabakh.
Parmi eux figurent huit anciens responsables politiques de la République d’Artsakh (nom arménien du Haut-Karabakh), qui, après l’exil de toute sa population vers l’Arménie voisine, a officiellement cessé d’exister au 1er janvier dernier. Les autorités à Bakou ont prévenu : ces anciens responsables devront répondre de leurs «crimes». Terrorisme, séparatisme, crimes de guerre, création de groupes armés illégaux... Les charges évoquées sont diverses et font actuellement l’objet d’«enquêtes», a simplement déclaré en janvier Kamran Aliyev, procureur général d'Azerbaïdjan. Depuis, aucune nouvelle n’a percé sur les dossiers judiciaires et les chances de libération s'amenuisent.
Trois anciens présidents
Parmi ces prisonniers de guerre, Ruben Vardanyan est sans doute le plus médiatisé. Ce milliardaire, nominé en 2024 pour le prix Nobel de la paix, est notamment connu pour sa fondation Aurora, initiative lancée au nom des survivants du génocide arménien, dont le prix chaque année récompense les initiatives de solidarité pour les plus démunis. Après la guerre de 2020, où l'Azerbaïdjan prend le contrôle de 70% de la région du Haut-Karabakh, le philanthrope, père de quatre enfants, a décidé de quitter la Russie pour s’installer dans la région et aider la population arménienne.
HANDOUT / AFP
Durant le blocus de 8 mois subi par les Arméniens d’Artsakh jusqu’en septembre 2023, Ruben Vardanyan, devenu ministre d’État, a multiplié les appels à l’aide internationale. Il a été arrêté alors qu'il tentait, comme quelque 100.000 Arméniens d'Artsakh, de traverser la frontière pour rejoindre l'Arménie le 27 septembre 2023. Le procès de Ruben Vardanyan a déjà été reporté à deux reprises.
Parmi les otages figurent aussi trois anciens présidents de la République d’Artskah. Arayik Harutyunyan, qui a commencé sa carrière en tant que directeur de banque à Stepanakert, a été premier ministre du Haut-Karabagh de 2007 à 2017, puis ministre d'État de 2017 à 2018. Élu président de la République d'Artsakh en 2020, il doit alors faire face à la guerre dite des «44 jours», qui prend fin par un cessez-le-feu signé le 9 novembre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Arkady Ghugasyan, lui aussi détenu dans les geôles de Bakou, a été élu président en 1997 après en avoir été le tout premier ministre des Affaires étrangères d’Artsakh. À ce titre, il participa en 1992 aux négociations mises en place par le groupe de Minsk - dont fait partie la France - pour convenir d'un accord de paix avec l'Azerbaïdjan. En 2000, alors président, il est victime d'une tentative d'assassinat, au cours de laquelle il est gravement blessé. Son successeur en 2007, Bako Sahakyan, participa à la guerre d'indépendance de 1991-1994 (aussi appelée première guerre du Haut-Karabakh), et fut par la suite numéro deux de l'armée arménienne. Il est lui aussi détenu.
Plusieurs anciens ministres sont également otages, comme David Babayan, professeur de science politique et de géopolitique à l'université de Stepanakert, qui fut ministre des Affaires étrangères. Mais aussi des commandants de l’armée ayant participé aux précédentes guerres contre l’Azerbaïdjan, comme Levon Mnatsakanyan, ancien général de l'armée de défense de l'Artsakh puis ministre de la Défense, qui, en 2020, a commandé les troupes arméniennes à proximité de Shosh. Ou encore David Iskhanyan, qui était président de l'Assemblée nationale de l'Artsakh lorsqu’il a été fait prisonnier en 2023, et qui durant la guerre de 1992, a été le commandant du 28e bataillon dans la région de Martouni.
Silence politique
Les informations sont maigres sur leurs conditions de détention depuis 12 mois. Les avocats dénoncent l’opacité totale de l’Azerbaïdjan, alors qu’eux-mêmes n'ont pas accès aux dossiers de leurs clients. Les familles des prisonniers ne reçoivent d’informations qu’à travers le CICR. «C’est par la Croix-Rouge que nous avons su qu’ils étaient restés 10 mois isolés. Aux dernières nouvelles, d’autres prisonniers partagent désormais leurs cellules», indique au Figaro Hovhannès Guévorkian, représentant de l’Artsakh en France.
En juin dernier, l’avocat de Ruben Vardanyan a déposé un recours auprès de l'ONU pour «torture» en Azerbaïdjan. Le rapport décrit des interdictions de s'asseoir, de dormir, de boire de l'eau pendant la grève de la faim menée par le détenu. Déjà en avril, son fils David avait, en exclusivité dans Le Figaro, alerté sur la situation de son père. Joint par téléphone, le fils affirme que son père «va bien», selon les messages vidéo reçus par le biais de la Croix-Rouge et les quelques lettres difficilement échangées. Mais cette situation d’incertitude est particulièrement douloureuse, confie-t-il. «Si la date du procès était annoncée, nous pourrions au moins savoir où en est la procédure».
Les regards sont tournés vers Erevan, alors que le premier ministre arménien Nicolas Pashinyan est en pourparlers avec le président azéri Ilyam Aliev pour un accord de paix. Interrogé par le service russe de la BBC, le gouvernement arménien a assuré que le retour des prisonniers de guerre arméniens, civils et dirigeants, était «une priorité» et «toujours au centre de l'attention du ministère arménien des Affaires étrangères». Mais les leviers sont faibles : l'Arménie a libéré en décembre, lors d'un échange, ses derniers prisonniers. Jared Genser, avocat de Ruben Vardanyan, déplore pour sa part un «échec complet» des efforts d’Erevan et affirme que le sort des détenus n'est même pas évoqué dans les pourparlers.
Quelques voix se sont levées à l'international pour réclamer leur libération, comme celle de la députée de Californie Laura Friedman la semaine dernière, ou la maire de Paris Anne Hidalgo. Trois mois après leur arrestation, plus de 150 personnalités internationales, parmi lesquels des prix Nobel de la paix, des anciens présidents et dirigeants d'entreprises internationales, avaient appelé dans une tribune le président Ilham Aliyev à libérer les prisonniers arméniens détenus «en violation flagrante du droit international». Selon la 3e Convention de Genève de 1949 et ses protocoles additionnels, ratifiés par l'Azerbaïdjan et l'Arménie, la libération des prisonniers de guerre et des civils doit intervenir «immédiatement après la cessation des hostilités». «Mais au niveau des États, aucun n'est réellement engagé dans ce dossier», expose Hovhannès Guévorkian, pour qui «les espoirs sont très maigres sur le plan politique et diplomatique». «Quant au niveau juridique, on sait qu'il va s'agir d'une farce, car l'Azerbaïdjan n'applique pas la justice envers ses propres citoyens».
David Vardanyan veut croire que la prochaine COP29, qui doit se dérouler en novembre en Azerbaïdjan, sera l'occasion de remettre le dossier en avant. «Le monde, je pense, ne peut pas accepter ce mépris total des normes internationales de manière aussi manifeste».
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